L’éléphant d’Asie, un géant menacé

A l’image du cheval en Europe, depuis toujours l’éléphant d’Asie a été domestiqué par l’Homme afin de servir divers intérêts : moyen de transport, éléphant de guerre ou encore transport de lourdes charges. S’il a été rapidement évincé des scènes de guerre (car trop gros mangeur et peu maniable), il a cependant une place encore très importante dans le « logging » (l’exploitation forestière). Cette activité extrêmement pénible concourt doublement à l’extinction de l’espèce :

  • les éléphants, exploités au maximum de leur capacité sont par la suite trop fatigués et en trop mauvaise santé pour se reproduire,
  • en travaillant pour le logging ils participent directement à la déforestation et donc à disparition de leur milieu naturel.

Alors qu’on comptait 1000 éléphants en captivité en 2005, on en compte aujourd’hui plus que 400. Si le Laos doit son surnom de « Pays du million d’éléphants », au grand nombre d'éléphants qui le peuplaient il y a très longtemps, l’éléphant d’Asie est désormais une espèce gravement menacée.

C’est suite à ce constat alarmant que le Centre de Conservation des Eléphants de Sainyabuli a été créé en 2011. Il a pour objectif de :

  • Encourager la reproduction des éléphants à travers un programme de soutien à la natalité;
  • Offrir des soins de qualité à l’hôpital des éléphants;
  • Mettre en œuvre un programme de socialisation et d’enrichissement cognitif des éléphants;
  • Reconvertir les cornacs et leurs éléphants vers une activité écotouristique durable;
  • Assurer la viabilité économique de ses programmes grâce au tourisme;
  • Sensibiliser le public sur la situation actuelle des éléphants lao.

 

Pour aider au financement des soins, infrastructures et formations, le centre ouvre ses portes aux visiteurs pour des séjours allant de 1 à plusieurs jours. Afin d’en apprendre un peu plus sur ces gros pachydermes, nous y avons passé 3 jours en immersion participative.

 

 

Comment reconnait-on un éléphant d’Asie ?

La première chose que l’on vous apprend en arrivant au centre est de faire la distinction entre éléphants d’Afrique et d’Asie.

 

D’autres particularités concernant les éléphants :

  • La trompe : pas moins de 150 000 muscles composent la trompe de l’éléphant. Elle sert à la fois :

     

    • de nez : leur odorat est ultra-sensible.
    • de main : la sensibilité d’une trompe est 100 fois supérieure à la sensibilité des doigts de l’Homme. L’éléphant peut attraper une cacahuète avec sa trompe !
    • de moyen de défense : la puissance de sa trompe est une arme précieuse en cas d’attaque.
  • Les défenses : Elles sont en ivoire. Elles peuvent parfois gêner la vue de l’éléphant si elles sont trop longues. On peut alors les couper et comme nos ongles, elles repoussent si elles sont coupées avant la pulpe.
  • Les pattes : malgré leur poids, les éléphants sont silencieux lorsqu’ils se déplacent. Ils marchent sur la pointe des pattes, leur talon étant un gros muscle qui leur permet de ressentir la secousse la plus infime. Par exemple, en Thaïlande, les éléphants avaient commencé à quitter le littoral plusieurs jours avant le tsunami de 2004. Le Laos a d'ailleurs prêté 4 éléphants au Japon en guise de « prévention tremblement de terre ». L’éléphant ressent et entend les vibrations jusqu’à 60 kilomètres à la ronde via ses pattes qui transmettent les vibrations aux os qui eux-mêmes les transmettent aux oreilles. Il est à noter qu’un sol optimal pour les éléphants doit être meuble et non dur (béton). En milieu naturel, un éléphant marche sur un sol meuble, le dessous de ses pattes est y donc adapté et est similaire aux chaussures de rando pour ne pas glisser.
  • Les oreilles : les éléphants entendent très bien mais pas loin. Leurs oreilles leur permettent surtout de rafraichir leur sang car elles sont hyper-vascularisées. L’éléphant en agitant ses oreilles refroidit son sang présent dans cet organe. On peut aussi via le pli de l’oreille et la présence de tâches roses déterminer l’âge de l’éléphant.
  • Les yeux : les éléphants ont une vue réduite et en noir et blanc, au-delà 30 mètres ils ne perçoivent que des formes. Ils possèdent une troisième paupière qui se ferme lorsqu’ils vont sous l’eau pour prévenir des bactéries.
  • La nourriture : les éléphants se nourrissent de plus de 200 types de plantes différentes, y compris bananes et cannes à sucre. Ils mangent environ 10% de leur poids quotidiennement, soit 250 à 300 kg en moyenne. Ils en digèrent seulement 40%, les 60% restants sont déféqués.

 

Les premiers pas d’un éléphanteau

L’éléphante devient fertile entre 5 et 12 ans. La gestation dure entre 18 et 22 mois.

Pendant sa grossesse, l’éléphante est protégée par les autres membres de sa horde. Pendant cette période, une glande sécrète un liquide visible sur la tempe. Chez les mâles, 1 ou 2 fois par an cette glande temporale sécrète aussi une dose importante d’hormones sous forme d’un liquide noir et collant lorsqu’ils sont en chaleur, on appelle cette période le « must ». Le mahout doit savoir repérer la situation car l’éléphant peut devenir très agressif, dangereux et peut aller jusqu’à tuer son maître. Pendant cette période, l’éléphant sera isolé afin de prévenir tout accident.

La maman allaite son petit jusqu’à ses 3 ans. Il ne faut donc jamais séparer l’éléphanteau de sa mère avant ses 3 ans. La peau de l’éléphanteau est très sensible aux rayons du soleil, c’est pourquoi on le verra toujours marcher à l’ombre de sa mère. De la même manière qu’un enfant doit apprendre à marcher, si l’éléphanteau sait marcher dès ses premières secondes, il lui faudra apprendre à se servir de sa trompe en regardant sa maman. A 6 mois, il saura faire tout seul.

En captivité, une éléphante peut être enceinte 3 à 4 fois, fréquence augmentant pour les éléphants sauvages.

 

Veiller à la bonne santé des éléphants

  • Entrainement médical

Il a pour objectif de rendre les éléphants dociles en cas de traitement. Pour se faire, 2 à 3 éléphants se rendent quotidiennement à l’aire d’entrainement médical. Avec l’aide du mahout, la biologiste leur apprend à faire des gestes simples lui permettant de vérifier que tout aille bien : pattes, ongles, poitrine, oreilles, yeux, sexe, anus, queue. Toutes ses parties sont observées à chaque entrainement. Il faut 2 à 3 mois selon les éléphants pour qu’ils apprennent. Les nouveaux éléphants s’entrainent tous les jours pendant 20 minutes.

L’éléphant est un animal douillet, c’est pourquoi grâce à cet entrainement quasi quotidien, les soins deviennent une routine pour l’éléphant ce qui permet de limiter les angoisses le jour où il y a de réels soins à prodiguer. Les soins basiques sont effectués par Annabelle, biologiste passionnée qui a monté ce programme de « medical training » (cliquez ici pour voir le portrait d’Annabelle, entre passion et conviction).

A chaque séance, la présence du mahout permet de rassurer l’éléphant. Tout au long de l’exercice, le mahout donne à manger à l’éléphant sauf quand ce dernier n’effectue pas correctement les gestes. Une façon de lui faire comprendre que ce n’est pas la réponse attendue.

 

  • Quelques basiques pour reconnaître qu’un éléphant est en bonne santé

Les camps touristiques d’éléphants se développent à vive allure. Certains tiennent compte des caractéristiques de l’animal et le respectent, mais malheureusement beaucoup sont maltraités et torturés. Nous vous partageons les basiques que nous avons appris pour reconnaître si un éléphant est en bonne santé :

  • Les excréments : ils doivent avoir une forme bien ronde et se séparer en 2 en tombant. Si ce n’est pas le cas, c’est que l’éléphant ne boit pas assez d’eau voire pas du tout ou qu’il a une mauvaise alimentation (pas assez variée ou insuffisante).
  • Les ongles : ils doivent avoir une forme arrondie avec le haut humide. S’ils sont craquelés, c’est qu’ils sont trop longs et qu’ils cassent à cause du sol dur en captivité.
  • Les yeux : les éléphants doivent constamment avoir quelques larmes qui coulent. Ils ne doivent cependant pas trop pleurer ni avoir de pus, synonyme d'infection.
  • Les épaules : si les épaules de l’éléphant sont trop volumineuses, c’est signe qu’il travaille pour le logging.
  • Un coin ombragé : l’éléphant d’Asie ne doit pas rester en plein soleil. Dans son habitat naturel, il se réfugie toujours à l’ombre des arbres.

 

Pour que l’animal retrouve son instinct

L’Eléphant Center recueille des éléphants pour beaucoup issus du logging ou du tourisme de masse qui ont souvent perdu tout instinct naturel. On vous passe les détails des tortures utilisées par leurs bourreaux pour arriver à leurs fins…

L’un des objectifs du centre est donc de récréer un lien social entre les éléphants à travers une aire de socialisation et de stimuler leur esprit via une aire d’enrichissement.

  • L’aire de socialisation

Comme à l’état naturel, dans l’aire de socialisation, les éléphantes et éléphanteaux sont seuls sans mahout. Les mâles sont quant à eux à l’écart du groupe et ne s’approchent des femelles qu’en périodes de chaleur.

L’aire de socialisation doit permettre aux éléphants de les réhabituer à vivre en horde comme à l’état sauvage et de redévelopper les instincts naturels propres à cette espèce. Les éléphants s’y retrouvent 4 à 5 heures par jour et sont observés pas les équipes du centre qui notent chaque action et interaction de chacun des éléphants.

On constate par exemple que pendant ce moment de socialisation, toutes les éléphantes s’occupent de l’éléphanteau, le corrigent parfois ce qui permet à la mère d’en profiter pour se reposer. Lors de notre passage, la biologiste avait des doutes sur la grossesse possible de l’une des éléphantes à la vue des comportements des autres éléphantes envers elle : elles l’entouraient, la reniflait régulièrement… La visite du vétérinaire dans les prochains jours permettra de déterminer avec précision si la grossesse est avérée ou non.

 

  • L’aire d’enrichissement

Comme nous, l’éléphant a besoin d’être stimulé pour ne pas s’ennuyer. C’est le but de l’aire d’enrichissement où de la nourriture est placée dans des cachettes allant de simples à plus tordues : dans les fourrés, sur les troncs d’arbres, dans des bidons au sol ou accroché à 3 mètres de hauteur, dans des pneus, dans un sac fermé lui-même caché dans un pneu lui-même attaché à un tronc avec des cordes… On s’est bien fait plaisir à les cacher dans les endroits les plus insolites.

Les éléphants sont dans un premier temps stimulés à chercher la nourriture puis à trouver une solution pour la récupérer.

Si certains des éléphants sont feignants et vont au plus facile, d’autres sont plus joueurs et s’attaquent aux cachettes les plus ludiques où ils vont devoir trouver une solution pour ouvrir un contenant ou séparer en deux un objet pour y récupérer la nourriture. Ici encore, chaque éléphant est observé et noté en fonction de différents critères pour connaître au mieux son comportement et travailler sur certains points potentiellement bloquants.

 

Aider les cornacs à travailler avec leurs éléphants

On est cornac/mahout de père en fils et les éléphants sont souvent l’unique source de revenus pour les cornacs et leur famille. La plupart des 450 éléphants domestiqués du Laos sont employés par la très lucrative industrie forestière. Un secteur économique qui profite de la situation socio-économique difficile des cornacs et de la présence proche d’une population d’éléphants domestiqués, en utilisant cette espèce en voie de disparition comme outil pour l’exploitation forestière dans les régions montagneuses et éloignées, où les méthodes classiques d’extraction ne peuvent être utilisées.

Il semble donc difficile de demander aux cornacs de tourner le dos à l’activité de logging sans leur proposer de solution de substitution pour leur assurer des revenus suffisants.

Lorsque les cornacs amènent leur éléphant au centre, il leur est proposé une indemnisation couvrant l’absence de revenus durant toute la période de séjour de l’éléphant. Les 2 (l’éléphant et le mahout) peuvent alors rester ensemble et apprendre à travailler différemment ensemble. Par la suite, l’objectif du centre est de former le mahout :

A se faire respecter par l’éléphant tout en le respectant (gestes, nourriture, milieu naturel, équilibre repos/activités…) ;

A l’éco-tourisme, c’est-à-dire une manière viable de travailler ensemble : financièrement pour le cornac et respectant les conditions physiques et mentales pour l’éléphant. Car s’il n’est pas interdit de faire travailler l’éléphant, son nombre d’heures de travail est cependant limité à 5 heures par jour et non 10 heures comme on le voit souvent dans des camps d’éléphants touristiques.

 

Revivez en images nos 3 jours passés avec Mae Dok, Mae Boun Nam, Mae Kham Ohn, Mae Ven, Phu Surya, Phu Thong Koon et Mae Khoun…

 

 

Un commentaire

  1. poping moming
    Encore une belle leçon de Dame Nature !!! Très belle initiative de ces personnes. Dommage que les Autres n'en prennent pas de la graine ! la photo de l'oeil (très belle d'aiileurs) nous fait penser à celle de l'Elephant nantais : Très beau reportage. Nous vous imaginons complètement dans votre élément !!!
    A vos commentaires ! 13 mars 2016 at 20 h 24 min

A vos commentaires !