Le Nord du Vietnam à moto

Nous avons pris la décision de ne pas aller jusqu’à la Baie d’Halong, un des sites pourtant les plus touristiques du pays mais justement ! On a des envies de nature et d’authenticité plus que de foules et de négociations permanentes comme il est de mise ici à partir du moment où vous n’êtes pas du pays… La Baie d’Halong est qui plus est très jolie par beau temps mais le temps gris de ces derniers jours ne laisse présager rien de bon pour la côte. Nous quittons donc Hanoï pour notre dernière étape vietnamienne avant de passer la frontière laotienne.

Pour les jours à venir, on a envie de découvrir le Vietnam autrement et c’est à moto que nous partons vers le Nord du pays dans la région d’Ha Giang, réputée pour ses paysages à couper le souffle, ses multiples ethnies et sa très faible fréquentation touristique : à nous l’aventure !

 

Jour 1 : De Ha Giang à Yen Minh

Ce matin, nous découvrons notre bolide : une belle moto rouge semi-automatique. Légalement un permis de conduire serait obligatoire mais notre loueur nous explique que « le permis, ce n’est pas très très important ! ». Il ne nous reste donc plus qu’à prendre la route !

Les premiers kilomètres sont hésitants. Il faut se faire à la conduite de la moto et surtout à celle des vietnamiens pour qui la priorité va toujours au véhicule le plus gros. Conclusion, nous n’aurons pas souvent la priorité au cours de ces 4 jours !

Pour rejoindre Yen Minh, 100 kilomètres sont au programme de la journée et il en faudra moins de la moitié pour entrer dans le Géoparc de Dong Van. Les Géoparcs UNESCO comme celui-ci visent à gérer durablement des zones géologiques d’importances en impliquant les communautés locales (projet éducatif, développement économique).

Après avoir monté notre premier col tout en profitant de jolies vues sur les rizières, nous faisons une pause à Tam Son autant pour déjeuner que pour se réchauffer ! Et oui, ici début février la température n’est pas de 30°C comme à Ho Chi Minh mais plutôt de 10°C, et bien que notre vitesse moyenne atteigne péniblement les 40km/h, il fait froid !

 

On traverse ensuite des petits villages avec maisons en bois et dans lesquels nous serons surpris par le nombre important d’enfants. A leurs réactions étonnées et amusées, on se rend compte qu’ils ont peu l’habitude de voir des touristes. On n’en croisera d’ailleurs aucun tout au long de la journée. On finit tranquillement la journée à Yen Minh.

 

 

 

 

 

 

Jour 2 : de Yen Minh à Cot Co Lung Cu

Ce matin, grand soleil ! Nous quittons l’hôtel en direction de Dong Van, 100km en prévision. Nous sommes aujourd’hui à la veille du réveillon du nouvel an vietnamien, soit l’équivalent d’un 30 décembre chez nous. Les rues sont décorées et comme en Chine, c’est le grand ménage. Tous les commerces et maisons sont lavés à grandes eaux et les scooters font aussi peaux neuves pour repartir du bon pied pour la Nouvelle Année !

En chemin, les paysages sont superbes. Nous voilà au cœur des montagnes vietnamiennes à l’abri de l’agitation touristique de nos débuts dans ce pays. On savoure et on renoue avec ce beau pays ! Nous croisons beaucoup d’enfants et de vieilles dames à pied, qui portent sur leur dos des grosses bottes de branches, de feuilles et de légumes, servant à la nourriture du bétail, au chauffage des maisons et  à l’alimentation. Beaucoup de motos transportent aussi de lourds fardeaux, notre coup de cœur va à ce gros cochon entier transporté à l’arrière de l'une d'elles !

Nous passons par plein de petits villages où les enfants saluent notre passage à coup de grands « Hello », de rires et de sourires que nous leur rendons de bon cœur ! La formation des montagnes s’appelle ici formation « karstique ». Comme en Chine, ce sont des chaînes de montagnes très particulières, découpées et à la forme arrondie.

Ces escapades en autonomie ont ça de génial, qu’elles permettent de s’arrêter où l’on veut quand on veut et de modifier notre plan à notre guise. Alors ce soir, c’est ce qu’on va faire. Il est 16h quand on rentre dans le petit village de Cot Co Lung Cu, la pointe la plus au Nord du Vietnam à deux pas de la frontière chinoise. Il doit y avoir 200 habitants à tout casser, le village est joli et on tombe sur une signalisation de chambre chez l’habitant « Lôlô Homestay ». C’est tout ce qu’on voulait ! Alors on gare notre monture et nous n’irons pas jusqu’à Dong Van aujourd’hui.

Nous sommes accueillis par Giay, qui nous fait visiter notre chambre : dans une grande grange il y a le rez-de-chaussée avec un lit et deux sièges en plastique, et l’étage sous les toits on trouve des matelas à même le sol et plein de couvertures : vendu !

Giay nous invite à partager le repas avec lui et sa fille : des feuilles de moutarde, du porc, du riz, du lard… un vrai festin car ici la viande est très chère et les locaux n'en mangent qu’à quelques occasions. Nous ne parlons pas de langue commune alors la communication n’est pas simple. Mais nous arrivons tant bien que mal à échanger quelques questions réponses. On comprend alors que Giay ne s’appelle pas « Lôlô » mais que « Lôlô » est le nom de son ethnie, qu’il a une femme et trois enfants et qu’il produit entre autres de l’alcool de maïs (comme beaucoup dans cette région) qu’il partage avec nous.

 

 

 

« Les crapules »

A la fin du repas, Giay nous explique que nous devons aller nous enregistrer auprès de la police et qu’il faut prendre nos passeports. Il fait nuit et froid et on ne comprend pas bien pourquoi, mais soit on le suit. On reprend la moto et on arrive 2 minutes plus tard dans un grand hall où arrivent 2 hommes dont un en habit militaire. Giay nous explique que ce sont les hommes auprès de qui nous devons nous enregistrer. Ils nous servent un thé et offrent des cigarettes (comme souvent ici) puis s’en suivent de longues minutes à attendre sans comprendre ce qu’on fait ici.

Giay a dû s’absenter car il a dû aller chercher quelqu’un et le visage de l’homme en uniforme s’est fortement refroidi. Il nous parle en vietnamien et bien sûr on ne comprend rien, regarde Soso avec insistance en montrant du doigt un point au loin comme pour dire « Là-bas » et prend Ro par le bras pour l’amener jusqu’à une chambre avec un lit une place et deux enfants… là, ça devient moins sympa, on se demande vraiment ce qu’on fait là et surtout ce qu’ils veulent. A force de gestes et de pseudo-mots en anglais, on décèle qu’ils veulent que Soso dorme chez Giay et que Ro reste dormir ici… et la marmotte… Cette situation dure plusieurs minutes, et ils s‘apprêtent à nous montrer une autre chambre quand Giay revient en moto avec une jeune fille qui parle anglais.

Ô joie ! On va enfin pouvoir comprendre ce qui se passe ! L’homme qui en fait est en quelque sorte un garde-frontière craignait tout simplement qu’on passe la frontière chinoise clandestinement pendant la nuit et voulait donc pour s’assurer du contraire que l’on ne dorme pas au même endroit. Par la même occasion, il a tout fait pour nous faire dormir dans son hôtel et non chez Giay, le prix de sa chambre étant 10 fois supérieur à celui de notre hôte. Bref, une belle crapule qui a clairement tenté de nous intimider avec son uniforme et son visage impassible mais heureusement pour nous, son petit manège a été de courte durée et au bout du compte personne ne nous demandera nos passeports pour nous enregistrer.

Nous revenons chez Giay où sa femme adorable nous sert un thé et on fait connaissance avec Cathy, notre traductrice : Cathy est vietnamienne et vit en Australie depuis 15 ans, elle est venue ici pour assister aux préparatifs du Têt avec la famille de Giay. La soirée se termine comme elle avait commencé : très bien !

 

Jour 3 : Réveillon du Têt

La nuit a été fraîche, très fraîche mais ce matin encore le soleil nous fait l’honneur de sa présence ! Dehors, toute la famille est en pleine préparation des Banh Chung, gâteaux traditionnels pour le Têt à base de riz. Le riz est déposé dans des feuilles de dong. On rajoute parfois du porc, puis la feuille est refermée avec des herbes sèches avant d’être plongée 12 heures dans une grande marmite d’eau pour la cuisson du riz. On reste avec eux quelques minutes puis on va prendre un café à 2 pas. Nous arrivons dans une autre famille de Lôlô en plein ménage également. On déguste notre café en plein soleil, on dit au revoir à la famille de Giay et Cathy et on reprend la route.

Enfin, reprendre la route est un bien grand mot puisqu’à peine 5 km après être partis, on sent comme un problème sur la moto : ah oui, la rue arrière est crevée ! Il faut savoir qu’en France, dès qu’on loue un deux-roues, on crève… et apparemment nous sommes maudits ici aussi ! Par chance, nous ne sommes pas trop loin du prochain village et après quelques kilomètres de  marche, on nous indique le garage deux-roues du coin. Deux coups de clés et quelques dongs en moins, nous sommes de nouveau en selle. Le garage ferme ses portes juste derrière nous, on a eu de la chance !

La route d’aujourd’hui est encore magnifique et on croise beaucoup d’enfants en habits traditionnels : très colorés pour les filles, très sobres pour les garçons. Certains parcourent des dizaines de kilomètres pour rejoindre le village de leur famille. On les voit alors tout au long de la journée faire des pauses sur le bord de la route nous gratifiant de nombreux coucous à notre passage.

Les joues rougies par le soleil, nous terminons la journée à Yen Minh où nous retrouvons l’hôtel de la première étape. Quelques pétards sont lancés dans les rues pour le Têt mais l’essentiel se passe en famille entre ce soir et demain. Pour nous, ce sera soirée Disney Channel !

 

Jour 4 : Têt Day !

Ce matin semble être une belle journée. Le soleil est toujours là, les rues sont calmes voire plus que calmes comme un 1er janvier en somme, sauf que le sort a décidé de s’acharner et on s’aperçoit qu’une fois de plus… nous sommes crevés ! Après avoir fait le tour du petit centre-ville et avoir constaté qu’absolument rien n’était ouvert, on s’en remet à notre charmante jeune fille de l’hôtel qui nous indique le chemin d’un garage ouvert. Un miracle en ce jour de Têt !

Nous arrivons au garage où la famille nous offre très gentiment  le thé et quelques sucreries spéciales Têt en attendant que la chambre à air soit changée. Une petite mésaventure qui nous aura permis de passer un bon moment avec cette famille. On reprend alors la route en espérant ne pas avoir à se dire « ah bah voilà jamais 2 sans 3 ! ». Le reste de la journée de passe sans souci. On refait la route du 1er jour mais dans le sens inverse et sous le soleil : le paysage est alors totalement différent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous franchissons notre ligne d’arrivée en milieu d’après-midi, ravis de nos 4 jours d’escapade qui nous ont permis de voir le Vietnam d’un autre œil et de prendre un bon grand bol d’air frais.

 

4 commentaires

  1. Un tres bon article et de tres belles photos. Merci bien pour le partage et bonne continuation !!!
    A vos commentaires ! 24 novembre 2016 at 10 h 02 min
  2. poping moming
    tout ce que l'on voit là, nous fait relativiser le "confort et être heureux avec pas grand chose !!!". très beau reportage. Malgré quelques mésaventures, oubliées grâce à de bien belles personnes ! on continue le voyage ... 
    A vos commentaires ! 28 février 2016 at 8 h 57 min
    • Panda

      Merci et oui ici "il en faut peu pour être heureux !" 

      A vos commentaires ! 1 mars 2016 at 8 h 04 min
  3. Co&Nie
    Le 2ème jour a dû vous paraître long et stressant. Ouf, tout s'est bien terminé. Merci Cathy.
    A vos commentaires ! 17 février 2016 at 22 h 29 min

A vos commentaires !